Le Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence : histoire, esthétiques, collections et patrimoines
Aix-Marseille Université, TELEMMe, AixOpera, Festival d’Aix, Ville d’Aix-en-Provence
Juillet 2027, Aix-en-Provence
Appel à communications
Ce colloque marque l’aboutissement du programme de recherche AixOpera (Aix-Marseille Université, TELEMMe), consacré à la connaissance et à la valorisation des collections patrimoniales du Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence. Cette manifestation scientifique se propose d’exploiter les riches collections du Festival pour écrire son histoire, en réunissant chercheurs en sciences humaines, professionnels du spectacle vivant et responsables des fonds patrimoniaux.
Fondé en 1948 par Gabriel Dussurget et la comtesse Lily Pastré dans l’élan de la décentralisation culturelle de l’après-guerre, le Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence a initialement forgé son identité autour du répertoire mozartien jusqu’à se déployer comme un laboratoire des mutations du spectacle vivant. À l’approche des 80 ans du Festival en 2028, le colloque se propose d’interroger la trajectoire d’une institution majeure de la scène lyrique internationale, à travers ses gouvernances, ses politiques culturelles, ses répertoires et ses collaborations artistiques, en s’appuyant précisément sur les fonds documentaires et patrimoniaux enfin rassemblés. La mise en œuvre d’une convention de collaboration culturelle en 2022, passée entre le Festival, la Ville d’Aix-en-Provence et Aix-Marseille Université, offre en effet la possibilité d’étudier l’histoire de l’institution à travers des fonds patrimoniaux aujourd’hui unifiés sous la mention « Fonds du Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence » et valorisés par le programme AixOpera porté par la fondation universitaire Amidex. Le colloque poursuit ainsi les réflexions amorcées lors de la journée d’étude « Les collections se dévoilent », organisée le 14 juin 2023 au musée Granet pour les 75 ans du Festival.
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Cette histoire du Festival d’Aix se matérialise par un ensemble de fonds patrimoniaux dispersés géographiquement, aux natures hétérogènes et aux statuts documentaires et archivistiques divers. Costumes, décors, dessins préparatoires, maquettes en volume, affiches, programmes de salle, photographies de scène, films et documents sonores constituent autant de traces de la création depuis 1948. Le fonds de décors et de costumes conservé par la Ville d’Aix-en-Provence forme notamment un corpus remarquable par sa rareté et par la place qu’y occupent des artistes majeurs du XXe siècle. Aujourd’hui, le traitement documentaire et la réunion numérique de ces fonds épars en une plateforme unique, développée par le programme AixOpera, permet d’actualiser la connaissance des fonds patrimoniaux du Festival au prisme de différents enjeux interdisciplinaires. Les problématiques abordées par cette collecte permettront d’interroger : l’histoire de la constitution des fonds en lien avec l’histoire institutionnelle et artistique du Festival ; les enjeux du traitement de ces sources matérielles et immatérielles à l’heure du numérique ; les objectifs scientifiques d’une valorisation du patrimoine de la scène lyrique et la dissémination de la recherche à l’heure des industries culturelles et créatives. À travers l’exemple aixois, le colloque sera l’occasion d’interroger plus largement les pratiques archivistiques, documentaires et patrimoniales appliquées aux arts de la scène pour étudier les mécanismes de redécouverte de l’histoire des institutions lyriques à la lumière de leurs fonds patrimoniaux.
L’histoire du Festival d’Aix a été écrite au rythme de ses gouvernances successives et de la capacité de chaque directeur à agréger autour de lui une famille artistique. De l’ère Dussurget et sa constellation de voix mythiques, aux mandats de Bernard Lefort faisant provisoirement d’Aix une capitale du bel canto, puis de Louis Erlo, Stéphane Lissner, Bernard Foccroulle, Pierre Audi, jusqu’à Ted Huffman, chaque gouvernance a redessiné les contours esthétiques et les politiques culturelles de l’institution. Une première période ayant consacré l’âge d’or des peintres de scène (Cassandre, Balthus, Derain, Masson) se distingue aujourd’hui comme un jalon historiographique majeur, quand une seconde a accompagné l’affirmation d’une génération de metteurs en scène (Jorge Lavelli, Peter Brook, Patrice Chéreau, Luc Bondy), le tout dans un contrepoint fructueux avec les meilleurs interprètes et ensembles orchestraux de leur temps.
Depuis les maquettes préparatoires jusqu’aux matérialités scéniques, l’étude des fonds permettra d’interroger les collaborations entre metteurs et metteuses en scène, chorégraphes, peintres décorateurs, scénographes, costumiers et costumières, éclairagistes et vidéastes. À la fois œuvres de créateurs, traces du travail dans les ateliers et mémoire des arts de la scène, ces objets invitent à considérer l’évolution des esthétiques et des techniques de scène, autant que les productions scéniques ayant participé à façonner l’identité artistique aixoise et à asseoir une politique de programmation. Les mises en scène ayant bousculé des principes esthétiques ou réinventé des techniques, les langages scéniques radicaux ou novateurs et l’éco-conception pourront ainsi être étudiés à partir des traces matérielles et documentaires de la fabrique du spectacle aixois. Les documents de travail, photographies de scène, programmes de salles et archives audiovisuelles seront autant de sources pour éclairer ces choix et leur réception.
Les fonds patrimoniaux du Festival sont également riches d’une documentation faisant état de l’histoire de l’institution, sa place centrale dans l’identité aixoise, ses interactions avec les politiques culturelles nationales. De nombreux documents administratifs, comptables mais aussi techniques (plans de théâtres, etc.) documentent l’ancrage de la manifestation dans sa région et sa géographie provençale. De l’histoire qui le lie à la Société du Casino Aix-Thermal à son implantation dans la cour du Palais de l’ancien Archevêché, en passant par de nombreux lieux de la Provence et du bassin méditerranéen, le Festival d’Aix déploie sa passionnante aventure festivalière, qu’il est possible de retracer depuis les fonds approchés.
Les réflexions de ce colloque seront menées dans un dialogue étroit entre l’histoire des institutions culturelles, la musicologie, les études théâtrales, l’histoire de l’art, l’économie de la culture et les sciences du patrimoine. Les communications prendront prioritairement appui sur le « Fonds du Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence » afin d’en faire connaître la richesse, d’en renouveler la lecture et d’en éclairer les perspectives de valorisation.
Axe 1. L’histoire de la constitution et conservation des fonds patrimoniaux d’arts de la scène pourra être étudiée à partir des pistes suivantes :
- l’histoire spécifique des collections du Festival d’Aix, les modes et étapes de constitution, les donations, les ventes, les versements successifs et à venir ;
- le rapport de la Ville d’Aix-en-Provence et de son Festival à son patrimoine et à ses collections ;
En dialogue avec le cas aixois, il sera apprécié de proposer :
- une réflexion sur les enjeux et méthodes de conservation du patrimoine de la scène lyrique, la nature et le statut des différentes archives, le patrimoine matériel et immatériel, l’archive fantôme ;
- une réflexion sur les enjeux de valorisation des archives et du patrimoine de la scène lyrique, notamment l’usage des outils numériques dans la recherche en arts de la scène et les questionnements juridiques qui en découlent ;
- une réflexion et/ou un panorama des programmes de recherche dédiés aux arts de la scène, leur fonctionnement et partenaires, les industries culturelles et créatives, etc.
Axe 2. Les esthétiques, les techniques, les matérialités scéniques au Festival d’Aix pourront être étudiées à partir des pistes suivantes :
- les collaborations scéniques significatives (metteurs en scène, chorégraphes, peintres décorateurs, scénographes, costumiers, éclairagistes, vidéastes, etc.) et les mises en scène passées à la postérité comme des « moments historiques » ;
- les mises en scène ayant participé à façonner une identité artistique aixoise et à asseoir une politique de programmation (Don Giovanni de Cassandre, Semiramis en 1980, A Midsummer Night’s Dream en 1991, la Tétralogie en 2006-2009, Requiem en 2019, etc.) ;
- les mises en scène ayant participé à bousculer des principes esthétiques, à réinventer des techniques de scène, les langages scéniques radicaux ou novateurs, l’éco-conception, etc. ;
- les modes de productions lyriques spécifiques au fonctionnement d’un festival au fil des époques.
Axe 3. L’institution Festival d’Aix. L’histoire de l’institution festivalière en tant que maison de production, en tant que lieu(x), en tant qu’acteur culturel et économique pourra être étudiée à partir des pistes suivantes :
- l’histoire de l’institution à travers ses différentes formes juridiques, associatives, ses différentes gouvernances et modèles économiques (Société du Casino municipal d’Aix-Thermal, SEMETA, actuelle association d’exploitation du Festival), son histoire sociale (la grève des intermittents et intermittentes de 2003), etc. ;
- l’histoire du Festival à travers ses lieux, les théâtres couverts et de plein-air, mais aussi les scènes éphémères, les rénovations du Théâtre de l’Archevêché et du Théâtre du Jeu de Paume, la construction et inauguration du Grand Théâtre de Provence, etc. ;
- l’histoire du Festival au sein de la Ville d’Aix-en-Provence, la place de celui-ci dans les politiques de décentralisation, dans les dynamiques culturelles et économiques locales.
Modalités de soumission
Les communications auront chacune une durée de 20 minutes.
Les propositions de communication, en français ou en anglais, sont à envoyer aux trois adresses suivantes avant le 15 novembre 2026, sous la forme d’un résumé de 3 500 signes maximum, précédé par un titre et accompagné d’une brève biobibliographie :
L’acceptation des propositions sera notifiée au plus tard le 18 décembre 2026.
Comité scientifique
- Valérie Brotons (Musée des Tapisserie, Ville d’Aix-en-Provence)
- Delphine Cavallo (TELEMMe, AixOpera, AMU)
- Rossella Froissart (SAPRAT, EPHE)
- Sylvia Herissé (SAPRAT, EPHE)
- Hervé Lacombe (Université Rennes 2, Institut Universitaire de France)
- Anne Le Berre (Opéra national de Paris, IHRIM, ENS de Lyon, SAPRAT, EPHE)
- Isabelle Moindrot (Université Paris 8, Institut Universitaire de France)
- Jonathan Parisi (TELEMMe, AixOpera, AMU)
- Sylvie Pébrier (Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, ministère de la Culture)
- Timothée Picard (Festival d’Aix, Université Rennes 2)
- Pierre Pinchon (TELEMMe, AixOpera, AMU)
- Emmanuel Reibel (IHRIM, ENS de Lyon)
- Jean-Claude Yon (SAPRAT, EPHE)
Comité institutionnel
- Maryline Crivello (AMU)
- Laetitia Daoudi (Archives municipales de la Ville d’Aix)
- Aziza Gril-Mariotte (TELEMMe, AixOpera, AMU)
- Christel Pélissier-Roy (Musées d’art et d’histoire de la Ville d’Aix)
- Christelle Prioux-Vidal (Ville d’Aix-en-Provence)
- Sophie Ragot (Festival d’Aix)
- Isabelle Renaudet (TELEMMe, AMU)
Comité d’organisation
- Caroline Chagniot (TELEMMe)
- Nathalie Duclos (Festival d’Aix)
- Jonathan Parisi (TELEMMe, AixOpera, AMU)
- Pierre Pinchon (TELEMMe, AixOpera, AMU)
- Agnès Rabion (TELEMMe)
