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Histoire et justices dans la cité


La justice, depuis l’Antiquité, est à la fois pensée comme un des fondements du vivre ensemble et comme un état idéal dans lequel une société est ordonnée et fonctionne correctement. L’évolution théorique de la justice a abouti, de nos jours, à l’envisager en des termes nouveaux, fruits de l’évolution libérale et démocratique qui affecte la société française depuis le siècle des Lumières. Or, les théories de la justice, d’Aristote à Rawls, masquent en partie la réalité des pratiques, qui dépendent à la fois d’un univers mental et de configurations socio-politiques spécifiques.

Les pratiques de justice peuvent être appréhendées à l’échelle de la cité, cette dernière relevant de deux acceptions. La première se réfère à la polis grecque, puis à la cité romaine, emportant un sens civique et politique qui réunit les acteurs de la chose publique. De manière plus prosaïque et matérielle – c’est le deuxième sens – la ville est un espace matériel incertain et changeant qui est le lieu d’expression et d’affrontement des pouvoirs, qu’ils soient institutionnels ou plus informels. Ces deux sens font de la ville un espace qui permet d’appréhender au plus près les reconfigurations des pouvoirs et, parmi ceux-ci, des justices. Ces dernières s’expriment dans la ville, et ont pour objet la ville et ses populations. Pour cette raison, les justices sont fidèles à la pensée aristotélicienne, et se partagent entre activités distributive et rétributive. Ce système est solidement structuré à partir du bas Moyen Âge quand, dans le cas français, les pouvoirs communaux et l’État formalisent des relations qui garantissent l’existence juridique, fiscale et militaire des villes.

À ce titre, la cité est un espace privilégié d’observation des justices. L’atelier « Histoire et Justices dans la cité » envisagera ainsi la mise en œuvre des justices, dans leurs formes et expressions classiques (lieux d’exécution des peines, formes de communication avec les populations qui ne sont plus seulement spectatrices mais participent à la co-construction d’un ordre socio-politique). Il aura également pour objet de mieux comprendre combien les justices sont attentives à la matérialité urbaine, ce qui ouvrira aux questions environnementales, qu’elles relèvent des questions les plus quotidiennes tels que le nettoyage de l’espace urbain et l’hygiène, ou des questions plus complexes telle que la régulation des nuisances et des pollutions. Enfin, la dimension politique des justices sera un des axes essentiels de l’atelier, dans la mesure où, pensées pour « réparer », les justices se révèlent en réalité des instruments politiques importants dans l’exercice du pouvoir. Ce dernier thème permet de saisir plus finement les modulations intervenues à la suite des changements de régime politique, et peut être appréhendé non pas de manière institutionnelle, mais en étudiant les pratiques judiciaires et leurs rapports aux populations visées par ces pratiques, ou en étudiant les formes extraordinaires de justice et les justices d’exception.

L’atelier « Histoire et Justices dans la cité » s’appuiera sur une série de travaux en cours au sein de l’UMR TELEMMe, initiés de manière transpériodique du bas Moyen Âge à nos jours. Elle bénéficiera également de collaborations extérieures existantes, et pourra valoriser les recherches entreprises à travers, notamment, une collaboration étroite avec Criminocorpus.