Journée d’études des Jeunes chercheur·euse·s de l’UMR 7303 TELEMMe
27 mai 2026, Maison méditerranéenne des sciences humaines et sociales (MMSH), Aix-en-Provence
Couramment défini comme un sentiment d’affection, de sympathie ou d’intérêt vif liant durablement un individu à un être, un objet ou un lieu, l’attachement est au cœur de la réflexion de nombreuses disciplines des sciences humaines et sociales. Ce concept apparaît comme une dimension fondamentale des relations sociales, spatiales, politiques et symboliques, structurant les manières d’habiter le monde, de faire société et de produire du sens.
L’attachement peut être appréhendé comme une relation vécue et incarnée, inscrite dans des systèmes culturels et des pratiques quotidiennes. Les études scientifiques portent aussi bien sur les liens de parenté, d’amitié[1] ou d’alliance[2] que sur les attachements aux lieux, aux non-humains[3] ou aux entités spirituelles, mettant en évidence les dimensions relationnelle et socio-écologique de l’existence humaine[4]. De même, l’étude de la composante temporelle des attachements – politiques, sociaux ou mémoriels – montre comment fidélités, appartenances et affects collectifs se transforment selon les contextes institutionnels et les rapports de pouvoir, révélant les ambivalences de cet objet[5]. Les émotions apparaissent ainsi comme des moteurs essentiels des dynamiques historiques[6]. Les liens émotionnels et cognitifs que les individus développent avec les lieux[7] favorisent l’ancrage territorial et la préservation de l’environnement, mais participent également à révéler des situations conflictuelles[8]. L’étude des traces matérielles de l’attachement (habitats, objets, sites funéraires, lieux sacrés, etc.) témoigne de relations durables entre humains, environnements et croyances[9]. Enfin, les attachements peuvent être compris comme les fondements de mobilisations collectives, de la légitimité institutionnelle[10] ou comme objets de représentation, de médiation et de patrimonialisation.
Cette journée d’études se propose ainsi d’interroger les différentes formes d’attachements en croisant les regards disciplinaires afin de mieux comprendre ce que ces liens produisent dans les sociétés, les territoires et font aux formes du vivre-ensemble.
Axe 1 – Saisir et mesurer l’attachement : approches méthodologiques
Depuis le début des années 1990, le tournant affectif (affective turn) qui traverse les sciences sociales et le développement des technologies du numérique favorisent l’exploration de nouvelles méthodologies scientifiques. Ces dernières permettent de rendre compte des réalités sensibles et de la composante émotionnelle de la relation des êtres humains avec leur environnement. Ce premier axe se propose de donner la parole aux chercheurs·euses sur les méthodologies mobilisées autour de la notion d’attachement, que celle-ci soit entendue comme un objet d’étude à part entière ou bien comme un prisme par lequel envisager la recherche[11]. Qu’apportent les différentes méthodes utilisées pour étudier l’attachement (échelle de Likert, Systèmes d’Informations Géographiques participatifs, photovoice, etc.) ? Comment l’étude littéraire ou matérielle des sources peut-elle nous indiquer des marques d’attachement aux époques[12], aux choses, aux personnes, aux identités, aux lieux et aux discours[13] ? Enfin, en quoi les méthodes plus expérimentales liées à l’exploitation de l’affect du·de la chercheur·euse peuvent-elles faire évoluer la recherche[14] ?
Axe 2 – Appréhender l’attachement par une perspective relationnelle
Les formes multiples de l’attachement invitent à examiner les dynamiques relationnelles, réticulaires et de sociabilité. Cet axe a pour ambition de souligner que le caractère protéiforme de la notion d’attachement résulte pour partie de la pluralité des relations sociales, de leur nature, de leur temporalité et de leur territorialisation[15]. De fait, comment les éléments de l’attachement – comme le langage, la sensibilité, les rituels ou encore les espaces vécus – façonnent-ils l’individu, en se trouvant au cœur de toutes ses relations avec l’humain et le non-humain ? Quels sont les réseaux et les structures de l’attachement – communautaires, familiaux, amoureux, amicaux, religieux, politiques – dans lesquels les individus s’inscrivent ? Quelle est la nature de cet attachement, son intensité, sa réciprocité ou encore son caractère contraint ou non ?
Axe 3 – L’attachement comme construction de l’individu et du territoire
Les expériences de l’attachement s’appréhendent enfin sous un axe plus individuel, évoquant une relation à soi. On peut ici penser aux manifestations matérielles et immatérielles de l’attachement, à des idées, des objets ou à la Nature. De fait, comment l’attachement à un territoire, à un lieu, à une culture peut-il se lier à des constructions identitaires ? Cet attachement peut-il naître et croître lors d’une perte, ou de la peur de la disparition d’une identité[16] ? Il s’agit aussi ici de concevoir l’attachement comme une preuve d’appartenance ou de non-exclusion. Quels liens les attachements entretiennent-ils dès lors avec la mémoire ou le patrimoine ?
Ces thématiques devront être abordées à l’aide d’études de cas et de travaux empiriques de toutes disciplines de sciences humaines et sociales.
Les propositions des doctorant·e·s ou des jeunes docteur·e·s devront être envoyées avant le 15 mars 2026 à l’adresse : jjctelemme@gmail.com. Elles comporteront un titre, un résumé de la communication projetée (500 mots maximum) ainsi qu’une brève présentation de l’auteur·ice (nom, situation, unité de rattachement).
La journée d’étude se tiendra le 27 mai 2026 à la Maison méditerranéenne des sciences humaines et sociales, 5 rue du Château de l’Horloge, 13090 Aix-en-Provence. Les frais de transport et d’hébergement restent à la charge de l’institution de rattachement.
Groupe des Jeunes chercheur·euse·s TELEMMe 2025-2026 : Boero Rocco, Julien Panaget, Lisa Mille, Tiffany Aubert, Maxime Bernard, Emma Duteil, Mathilde Arnau, Agnès Macouin, Valentine Bessieux, Monique Pernin, Amela Saric.
[1] Régine le Jan, Amis ou ennemis ? Émotions, relations, identités au Moyen Âge, Paris, Éditions du Seuil, 2024.
[2] Barbara H. Rosenwein, Emotional Communities in the Early Middle Ages, Ithaca, Cornell University Press, 2006.
[3] Damien Baldin, Histoire des animaux domestiques, XIXe-XXe siècles, Paris, Seuil, 2014.
[4] Kiandara Rajala, Michael G. Sorice et Valérie A. Thomas, “The meaning(s) of place : Identifying the structure of sense of place across a social–ecological landscape”, People and Nature, Volume 2, n°3, 2020, p.718-733.
[5] Daniel Roche, Humeurs vagabondes. De la circulation des hommes et de l’utilité des voyages, Paris, Fayard, 2003 ; Benedict Anderson, Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Londres, Verso Books, 1991.
[6] Barbara H. Rosenwein, Riccardo Cristiani, What is the History of Emotions?, Cambridge, Polity Press, 2018.
[7] Lynne C. Manzo, Patrick Devine-Wright, Place Attachment : Advances in Theory, Methods and Applications, Londres, Routledge, 2020.
[8] Anne Cadoret, “L’attachement aux lieux dans les conflits liés à l’environnement sur le littoral : Une ressource pour leur régulation”, VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, Volume 17, n°1, 2017.
[9] Sophia A. De Beaune, Chapitre V. Aimer, entourer, protéger. Préhistoire intime : Vivre dans la peau des Homo sapiens, Paris, Gallimard, 2022, p.192-219.
[10] Arlette Farge, Le goût de l’archive, Paris, Éditions du Seuil, 1984.
[11] Jeanne Favret, “Être affecté”, Gradhiva : revue d’histoire et d’archives de l’anthropologie, n°8, 1990. p.3-9.
[12] Pierre Nora, Lieux de mémoire, Paris, Éditions Gallimard, 1984.
[13] Philippe Artières, Histoire de l’intime, Paris, CNRS Éditions, 2022.
[14] Donna Haraway, “Situated Knowledges : The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective”, Feminist Studies, Volume 14, n° 3, 1988, p.575-599.
[15] Laure de Verdalle, Béatrice von Hirschhausen, “J’ai toujours voulu (re)voir mon clocher”, Géographie et cultures, n°124, 2025.
[16] Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Paris, Grasset, 1998 ; Natalia Muchnik, De paroles et de gestes : constructions marranes en terre d’Inquisition, Paris, Editions de l’EHESS, 2014.
