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Travailleurs de la mer. Parcours, expériences et cadres de vie des marins de Provence au XVIIIe siècle.

Claire Boër

Travailleurs de la mer. Parcours, expériences et cadres de vie des marins de Provence au XVIIIe siècle.

Thèse de Doctorat en Histoire

Sous la direction de Gilbert Buti

Soutenue le 23 novembre 2019 à Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, 5 rue du château de l'Horloge, 13090 Aix-en-Provence Salle Duby

Membres du jury :

Composé de M. BUTI Gilbert Professeur Emérite, M. FAGET Daniel Maître de Conférences, Mme MAITTE Corine Professeur des Universités, M. LO BASSO Lucas Professeur des Universités, Mme BROGINI Anne Professeur des Universités, M. SAUZEAU Thierry Professeur des Universités, M. RAVEUX Olivier Chargé de Recherche.

Mots clés : Recrutement, Pratiques maritimes, Insertion professionnelle, Travail de la mer, Marins provençaux, Marché du travail,

Résumé :

Nous étudions dans cette thèse de doctorat d’histoire les modalités de l’exercice du travail de la mer en Provence au cours d’un large XVIIIe siècle. La réorganisation de la marine royale entreprise par l’État à fin du XVIIe siècle a des répercussions sur la marine marchande, ici au cœur de notre travail. La période correspond à l’accroissement du commerce maritime provençal, et le port de Marseille – qui constitue l’un de nos principaux observatoires mais pas le seul – change de stature.Cette étude s’inscrit dans les champs de l’histoire sociale et de l’histoire du travail. Notre démarche se veut cependant interdisciplinaire et associe les questionnements propres aux autres disciplines des sciences humaines, notamment à la sociologie du travail et des relations professionnelles, ainsi qu’à l’anthropologie.Les parcours, les expériences et le vécu des travailleurs embarqués sur les bâtiments du commerce provençal sont au centre de cette recherche. À l’époque, les frontières de cette activité professionnelle sont encore floues et il s’agit ici de mieux les définir. Travail à la fois contraint et libre, le « métier » de marin donne à ceux qui le pratiquent un statut particulier. Exercice professionnel marqué par l’incertitude, il nécessite une adaptation permanente des hommes qui le pratiquent. Les expériences et le vécu quotidien des navigants ont ainsi encouragé le développement d’une identité socioprofessionnelle singulière qui participe aussi de la définition du travail de la mer en Provence au XVIIIe siècle.Les navigants n’ont laissé que peu de témoignages sur eux-mêmes, et pour les approcher nous avons multiplié les échelles d’observation et les points de vue. Nous avons suivi leurs mouvements en mer comme à terre, sur les navires, lors des escales, au sein de leurs familles et dans différentes communautés provençales telles que Marseille, Martigues et Cannes. Le point de vue local et centré sur l’individu se combine ici avec une approche globale et comparative, qui permet d’appréhender les pratiques et les comportements de ces hommes dans leur ensemble.Les gestes, les habitudes, les fonctions et les statuts des navigants changent au fil du temps. Nous avons tenu compte de ces processus qui façonnent la vie des acteurs et influent sur leurs manières d’être. Pour les suivre, nous avons reconstitué les parcours de ces hommes au travail et hors-travail. Loin d’être figées, leurs trajectoires évoluent au fur et à mesure du temps, des rencontres et des événements de la vie quotidienne. En nous plaçant au plus près des acteurs, nous avons observé les actions et interactions qui ont façonné leur existence. Nous avons ainsi porté une attention particulière à leurs pratiques sur les marchés du travail, de leur insertion dans des réseaux professionnels et familiaux aux conditions de leur embauche et de leur rémunération. Nous avons également suivi ces hommes en mer en questionnant leur rapport aux violences, aux risques et à l’incertitude de la vie maritime, avant de revenir à terre et de les observer au sein de leurs familles et des communautés auxquelles ils appartiennent.En nous plaçant dans les pas de ces hommes nous avons questionné ce qu’est être marin et quelles sont les spécificités ou les permanences dans la pratique de ce travail en Provence au XVIIIe siècle. Par leurs pratiques, les travailleurs de la mer ont peu à peu négocié leurs conditions de vie et de travail. Ce faisant, ils ont directement participé à l’élaboration de ses règles et des modalités de son exercice au cours du dernier siècle de l’Ancien Régime.

Keywords : Professional insertion, Sea labor, Recruitment patterns, Seafarers, Maritime behaviors, Provence's sailors,

Abstract :

The objective of this doctoral research is to study the exercise of sea labour in Provence during the 18th century. The reorganization of the royal navy, undertaken by the State at the end of the 17th century, had repercussions on the merchant marine, which is at the heart of our work. The period was also marked by an increase in Provence’s maritime trade, and the port of Marseille – which is one of our main observatories but not the only one – changed in stature.This study is in line with the fields of social and labour history. However, we adopted an interdisciplinary approach. We combined our research with questions specific to the other disciplines of the Social sciences, such as sociology of work and professional relations, as well as anthropology.The paths, experiences and lifestyles of Provence’s merchant sailors are at the heart of this research. The boundaries of Sea labour are still blurred, and our aim is to better define them. Seafarers were both constrained and free workers which gave them a special status. Moreover, this professional exercise was marked by uncertainty and required the permanent adaptation of the men who practiced it. The daily experiences of seafarers have thus encouraged the development of a unique socio-professional identity that also contributed to the definition of seafaring in Provence during the 18th century.The sailors left little evidence about themselves. In order to approach them we multiplied scales of observation and points of view. We followed their movements at sea and on land, aboard ships, during stopovers, with their families and in various Provence’s communities such as Marseille, Martigues and Cannes. The local and actor-centred point of view is combined with a global and comparative approach, which enables us to understand the practices and behaviours of these men.The actions, habits, functions and status of seafarers changed over time. We have taken into account these processes that shaped their lives and influenced their ways of being. To follow them, we have reconstructed their professional and extra-professional paths. Far from being frozen, their trajectories evolved over time, as encounters and events occurred in their daily lives. By placing ourselves as close as possible to the actors, we observed the actions and interactions that shaped their lives. We have therefore paid a particular attention to their practices on the labour markets, their integration into professional and family networks and their hiring and remuneration conditions. We also followed these men at sea and we questioned their relation to violence, risks and the uncertainty of maritime life, before returning ashore and observing them within their families and communities.By following in the footsteps of these men, we interrogated what it meant to be a sailor and what were the specificities or permanencies of this work in Provence during the 18th century. Through their practices, seafarers gradually negotiated their living environment and working conditions. In doing so, they were directly involved in the development of its rules and the terms of its exercise.