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La foule émotive. Histoire d’un topos de l’Antiquité à l’époque contemporaine

Raymond Mason, La Foule illuminée (1985), Montréal, licence CC BY-SA 3.0. Source : Wikimedia Commons

Journée d'études

Date(s) : du 13 mars 2019 9 h 15 au 13 mars 2019 17 h 00

Lieu : Salle Duby, MMSH, Aix-en-Provence

Organisateur(s) / trice(s) à TELEMMe :

Groupe(s) organisateur(s) :

Projet organisateur : EMMA


PRÉSENTATION

Lors de cette deuxième journée d’études consacrée aux émotions collectives, nous proposons de réfléchir à la notion de foule émotive en histoire. À une époque où les questionnements sur la démocratie et les « populismes » sont plus que jamais d’actualité, une telle enquête historique et anthropologique sur le topos de la foule émotive appelle assurément une exigence particulière. Malgré le dynamisme récent de l’histoire des émotions, la question des usages historiques de la notion d’émotion collective et son lien avec la pensée et l’image de la foule a été jusqu’à présent peu abordée. La notion d’émotion de foule / de foule émotive émerge à un moment historique bien particulier, celui de la constitution d’une psychologie sociale entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle (Tarde, Le Bon, Durkheim, etc.), au temps où les « classes laborieuses » surgissent comme acteurs incontournables sur la scène politique. Depuis lors, l’émotion collective n’a jamais été un outil conceptuel anodin pour saisir le partage émotionnel à l’intérieur d’une collectivité de personnes : elle participe d’emblée d’un discours politique sur la foule, sur le peuple. Le plus souvent elle constitue la foule en sujet tout en l’amputant de tout projet critique, nourrissant une vision régressive des masses animalisées, par nature inaptes à se gouverner par elles-mêmes. Les masses sentent, elles ne pensent pas. À l’inverse, cette conception fusionnelle de l’émotion commune peut nourrir un discours apologétique : la foule devient le lieu d’affranchissement du peuple qui sait le vrai parce qu’il sent ensemble, où s’exprime sa capacité d’action.

Notre regard se concentrera sur la foule, ce rassemblement humain en situation qui se définit avant tout par son ancrage ici et maintenant, dans une unité de temps et de lieu (même s’il peut être intéressant de mettre en série ces rassemblements) ; une foule donc que nous distinguerons de la notion plus large et abstraite de « peuple » mais aussi d’un simple rassemblement fortuit de personnes : il y a « foule » lorsqu’une multitude rassemblée est dotée, par une instance extérieure ou par les acteurs eux-mêmes, d’une intention, d’une motivation, d’un projet communs, saisis dans l’instant même de la présence physique.

Cette journée d’études se donne donc pour objectif de faire l’archéologie de ce topos ambivalent de la foule émotive, profondément enraciné dans la vision contemporaine des mouvements de masse. Il s’agira d’interroger, dans des sources diverses de toutes périodes, le rôle de l’émotion dans la pensée et l’évaluation de la foule en mouvement. En somme, deux questions guideront notre réflexion : comment l’émotion permet-elle de faire d’une multitude rassemblée un corps singulier ? Comment la foule émotive est-elle perçue, jugée, évaluée par le regard qui la définit comme telle ? Il s’agira aussi de réfléchir aux transformations historiques de la notion, aux affrontements dans un même contexte entre plusieurs lectures de la foule émotive.

Cette journée d’études s’inscrit dans une série de manifestations organisées par le groupe de recherche « Façons d’être » de l’UMR TELEMMe, dans le cadre du programme EMMA consacré à l’histoire des émotions, en lien avec le programme CRSH Faire événement. L’enthousiasme religieux des foules au Moyen Âge central conduit à l’UQÀM. Une première journée d’études s’est intéressée en novembre 2017 aux Conceptions et usages historiques des émotions collectives, du Moyen Âge à nos jours.

 

d’autres informations sur le carnet de recherche Façons d’être : https://faconsdetre.hypotheses.org/354


PROGRAMME

9h15 – Accueil

Damien Boquet (AMU, UMR TELEMMe)
Introduction

Sylvain Forichon (Université Bordeaux Montaigne, UMR 5607 Ausonius)
L’émotivité des foules lors des spectacles dans le monde romain : analyse d’un topos dans la littérature ancienne

10h15-11h Discussion et pause

Shane Bobrycki (Harvard University – Université de Vienne)
La peur et la foule au haut Moyen Âge : le destin d’un topos délégitimant

Piroska Nagy (UQÀM, UMR TELEMMe)
L’émotion et la foule entre topos et récit d’événements, dans les premières sources narratives de la mobilisation patarine

12h – Discussion

12h30-14h Pause déjeuner

Vincent Challet (Université Paul-Valéry Montpellier III)
De quo…fuerunt dolentes & turbati : de la voix des dominés au discours des dominants à la fin du Moyen Âge

Jérémie Foa (Aix-Marseille Université, UMR TELEMMe, IUF)
Faut-il être en foule pour tuer ? Réflexions sur la violence et la foule au cours du massacre de la Saint-Barthélemy (1572)

15h-15h45 Discussion et pause

Jean-Jacques Courtine (Leverhulme Trust Visiting Professor, Queen Mary, University of London)
« La voix du peuple. Les émotions, le langage et la foule à l’aube de l’ère des masses

Piroska Nagy (UQÀM, UMR TELEMMe)
Conclusion

16h45 – Discussion finale